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jeudi 23 mars 2017

Petites nouvelles en ce début de printemps

Bonjour à tous !

Après deux mois de silence (et d'écriture intensive !), je reviens vers vous pour quelques petites nouvelles, et des bonnes !

Tout d'abord, j'ai le plaisir de vous annoncer que les deux romans que j'ai écrits à partir des contes de Mestr Tom, dans le cadre des Voyages en Orobolan, reparaissent  chez l'éditeur L'Ivre-Book. Il s'agit de Lune Bleue et du Secret de l'Ancien, dont je vous présente les nouvelles couvertures ci-dessous. L'illustration pour Lune Bleue a été réalisée par Calcines et celle pour Le secret de l'Ancien par Manu Civiello, un bel artiste dont je vous invite à rejoindre la page sur Facebook.


Pour marquer ce changement, une nouvelle page, "Les vampires d'Orobolan", viendra remplacer les deux pages existantes actuelles sur Facebook, ce qui sera plus simple. 

 Et puis, une bonne nouvelle ne venant jamais seule, en voici une seconde : le point final a été posé au tome 2 d'Une autre vie et le manuscrit envoyé chez mon éditrice de Rebelle Éditions ! :) Pour rappel, voici la couverture du tome 1. ;)


En attendant de découvrir la couverture du tome 2 (d'ici quelques temps, pas tout de suite), et si vous êtes un peu curieux, un extrait de ce nouveau roman vous ferait-il plaisir ? Si oui, manifestez-vous, likez la page Facebook (lien ci-contre), partagez ! ;) Merci !

En attendant, pour lire un extrait du tome 1, voici le lien : http://www.rebelleeditions.co/une-autre-vie (en arrivant sur la page, cliquez sur le bouton "extrait", en dessous de l'image de couverture).

A bientôt ! :)

jeudi 24 novembre 2016

Plaidoyer pour que l’on rende ses crocs au vampire

Article paru dans l'Imaginarius, en août 2012.


Vampires et littérature : de la répulsion à l’attirance… et de la fascination au rejet ?

Plaidoyer pour que l’on rende ses crocs au vampire

par Sklaerenn Baron

 
Les vampires… Il suffit de prononcer ce mot pour qu’aussitôt certains se mettent à frissonner de délices en disant « j’adooooore les vampires ! » ou que d’autres fassent la moue, au contraire, en vous cinglant d’un « oh, les vampires, y’en a marre, on en a fait le tour, faudrait changer ! » Ok. J’entends bien que, depuis quelques années, nous avons vu débarquer un flot de romans vampiriques – ou considérés comme tels. Selon certains, d’ailleurs, les vampires sont à la mode depuis Twilight. C’est faux : les vampires sont revenus sur le devant de la scène depuis Buffy contre les vampires, et Twilight a surfé avec succès sur cette tendance, bien que les vampires présentés dans cette saga soient forts différents de tout ce à quoi nous pouvions nous attendre. Et la mode a continué ensuite, entraînant un nouveau flot de littérature vampirique ou pseudo-vampirique.

De là à dire qu’on a fait le tour de la question des vampires, rien n’est moins sûr. Par contre, il est bien évident que l’image du vampire a énormément évolué ces dernières décennies, au point de faire oublier le mythe originel et sa véritable nature. En fin de compte, c’est sans doute justement cela qui agace : le fait que le vampire ait perdu son sens, son sel, sa saveur. Il n’est souvent plus qu’un pâle reflet de lui-même, sans consistance et sans substance. De quoi vouloir le rejeter, en effet. En cette année du 100e anniversaire de la mort de Bram Stoker, maître du genre, ce serait quand même dommage, surtout que le vampire a encore beaucoup à nous dire… à condition de lui redonner ses crocs.
 


Les sources de l’origine du mythe des vampires sont assez variées, et je ne vais certainement pas vous en faire l’historique complet, bien que certains éléments me paraissent intéressants pour mon propos. Mais ce sujet a été maintes fois abordé, et de façon magistrale par plusieurs personnes, et je n’ai aucune envie de faire des redites. Récemment, j’ai ainsi trouvé fort intéressant l’essai d’Estelle Valls de Gomis, Le vampire au fil des siècles : enquête autour d’un mythe, et dans un autre registre, le livre Bit-Lit ! : L’Amour des vampires dirigé par Sophie Dabat, sans parler du Traité de vampirologie d’Edouard Brasey (enfin, de Van Helsing, pardon !). Et parmi les innombrables revues fantastiques (qui ont nécessairement abordé le sujet à un moment ou un autre), il me revient à l’esprit un article paru dans le premier numéro des Soupirs de Ligeia, intitulé Les vampires dans la littérature moderne et rédigé par Adrien Party (prochainement « maître de cérémonie » au salon des Halliennales, en octobre 2012, dont les temps forts s’articuleront précisément autour du mythe du vampire), à la suite de sa conférence donnée au premier salon du vampire, en décembre 2010, à Lyon.

Néanmoins, en nous limitant strictement au mythe du vampire dans notre monde occidental (bien qu’il soit présent aussi dans les civilisations asiatiques, africaines, voire amérindiennes) et sans remonter jusqu’à Lilith ou Caïn, aux lamies ou encore aux stryges, on ne peut parler de vampire sans évoquer ces personnages fondateurs du mythe comme Vlad l’empaleur ou Elisabeth Bathory. Par ailleurs, même en s’en tenant aux vampires dans la littérature, l’on est bien obligé de tenir compte des récits et croyances populaires anciens, des faits divers rapportés par écrit et qui ont nourri les premières légendes vampiriques. 

On se souvient par exemple de ces histoires (dès le Moyen-Âge) mettant en scène ce qu’on appelait alors des « revenants en corps » (et non de purs esprits comme les fantômes), des défunts mâchant leur linceul dans leur cercueil, se relevant de leur tombe pour venir « hanter » leur propre famille. Dans ces récits populaires, le personnage du vampire tient parfois plus du zombie (selon notre mythe moderne) que du vampire proprement dit (toujours selon notre mythe moderne) en ce sens qu’il est bien souvent laid et presque toujours en voie de décomposition. Il n’est juste pas complètement mort. Pas glamour, tout ça. On accuse ces vampires d’être responsables de propager la peste, du fait de leurs corps pourrissant qui circulent au milieu des vivants, et on commence à mettre en place des rituels pour les empêcher d’agir, par exemple en leur mettant quelque chose dans la bouche pour éviter qu’ils ne mastiquent leur linceul. Une des découvertes les plus récentes à ce sujet, c’est celle du « vampire » de Venise, dont Vampirisme.com et ActuaLitté avaient parlé sur leur site respectif à l’époque de la découverte du corps : datant du XVIe siècle, c’est celui d’on avait pratiqué un rituel pour lui interdire de revenir parmi les vivants.

Ce n’est que plus tard qu’est apparue l’idée du vampire se nourrissant du sang des vivants, au XVIIIe environ, à une époque où les récits de cas de vampirisme « avérés » ont connu leur plus grand développement. A ce moment, le vampire n’est plus un cadavre en décomposition qui refuse de rester sagement dans sa tombe, mais il possède déjà un corps « frais » qui a toutes les apparences de la vie et qui saigne abondamment si on lui perce le cœur ou si on lui tranche la tête. Mais même à partir de là, le vampire a continué à subir de nettes modifications au fil du temps.

Bien évidemment, la première grande époque du vampire, c’est le XIXe siècle, avec Bram Stoker, que tout le monde connaît, mais aussi John-William Polidori, dont j’ai redécouvert le texte Le vampire dans le Traité de vampirologie d’Edouard Brasey, ou encore J-S Le Fanu. Le vampire est souvent un homme de la noblesse. Il n’est plus forcément laid, en dépit de ses actes horribles, et il fascine, attire et répugne en même temps. Dans certaines histoires gothiques du XIXe siècle, le vampire se contente de commettre ses actions « sacrilèges » la nuit et revient vaquer à ses occupations auprès de sa famille dans la journée, comme si de rien n’était, tel cette jeune femme de La vampire de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (que j’ai également découverte dans le Traité de vampirologie de Brasey). D’autres ne semblent même pas conscients de leur nature.

 

Mais l’intéressant dans tous ces vampires, c’est qu’ils représentent une perversion, de par leur nature même. Perversion de la sexualité, de l’érotisme (amour et mort leur sont liés), mais aussi perversion de la vie, par le fait de commettre des crimes, de tuer, mais également d’avoir accédé à l’immortalité et de la donner à d’autres, au cours d’un échange très symbolique. Le vampire transgresse les tabous et incarne la cruauté et le Mal, notion à laquelle il est intrinsèquement lié. Le Mal, quelque chose qui est en nous et hors de nous à la fois, que nous ne comprenons pas toujours et que nous refusons souvent de voir. Dès lors, soit le vampire est maléfique en lui-même, soit il est manipulé par une force maléfique. Parfois révolté contre Dieu (comme Dracula), parfois niant Dieu, parfois payant pour les fautes de ses ancêtres contre l’ordre divin, son état de mort-vivant est, de toute façon, lié à une malédiction. Et par sa seule existence contre-nature, sorte d’aberration, il clame son opposition à la nature, à Dieu, à la norme.

Une des premières questions que l’on se pose alors, c’est : comment peut-il « vivre » alors qu’il est mort ? Qu’est-ce qui l’anime ? L’hypothèse la plus souvent retenue autrefois était qu’un démon l’animait, et que donc, il avait perdu son âme. Cela ne lui faisait pas forcément perdre ses souvenirs, mais l’âme semblait bel et bien le prix à payer pour revenir d’entre les morts et l’on devait accepter de la perdre volontairement pour devenir immortel. C’était pour cela aussi qu’il fallait accepter de boire le sang du vampire, après avoir été vidé du sien, pour devenir vampire à son tour (toute chose que l’on retrouve chez Anne Rice, plus tard). On ne pouvait être changé contre son gré, il fallait accepter le Mal en soi. Voilà pourquoi aussi, sans doute, la transformation en vampire n’était pas immédiate : il fallait « mourir » à sa première existence pour renaître à la nouvelle. Chez Bram Stoker, cette transformation (contamination par le Mal) est lente, et même réversible tant que la mort physique n’a pas encore eu lieu. Mina en est l’illustration parfaite qui, après avoir été corrompue par Dracula, revient du côté obscur vers la lumière. L’échange de sang entre le vampire et celui qu’il va corrompre et transformer à son tour, est donc le symbole de cette contamination, et aussi celui de l’échange de l’âme contre l’immortalité, autrement dit de cette renonciation à l’humanité – et à la part de divin en nous – contre le fait de vivre éternellement. L’utilisation du sang, considéré comme sacré dans toutes les cultures primitives, n’est pas anodine non plus. Le sang, c’est la vie, et le vampire joue avec. Par ailleurs, il y a aussi dans cet échange de fluides l’image d’une relation à un autre niveau, d’ordre sexuel.

De la même façon, dans le mythe classique, un vampire ne peut entrer chez quelqu’un, dans une maison habitée, sans y avoir été préalablement invité, mais une fois qu’on l’a invité, il peut revenir quand il veut. Je me souviens avoir lu une explication fort intéressante sur ce sujet : c’est tout à fait logique si on prend le vampire comme le symbole de la tentation du Mal et la maison comme le symbole de notre cœur ou de notre âme. On peut très bien refuser au Mal de venir en nous, en ne s’y adonnant jamais. Mais une fois qu’on s’y est laissé aller, il est de plus en plus facile d’y succomber. Et la métaphore prend alors tout son sens. Inviter le vampire à entrer, c’est donc faire un premier pacte avec le Mal, un pacte qui n’est pas sans conséquence, car si, dans les histoires, on devient alors la victime du vampire, lequel peut vous tuer ou/et tuer toute votre famille, c’est que, symboliquement, s’adonner au Mal entraîne le monde à sa ruine.

Accepter le sang que le vampire donne après avoir sucé le vôtre (pour engendrer un nouveau vampire), c’est aussi faire un pacte avec le Mal, un pacte d’un autre ordre et aux conséquences encore plus désastreuses, puisqu’on devient soi-même vampire et meurtrier et qu’on perd son âme en échange de l’immortalité et de pouvoirs surhumains. C’est sans nul doute un pacte de type faustien, un pacte avec le Diable. Le vampire est donc un véritable monstre, mais il fascine car il peut nous contaminer et il nous montre que nous pouvons tous devenir des monstres. En réalité, le Bien et le Mal sont en chacun de nous, et le vampire nous montre ce qui arrive lorsqu’on se laisse aller au Mal. C’est pourquoi, aussi, le vampire traditionnel n’a pas de reflet, tout simplement parce qu’il est – ou peut être – le reflet de n’importe lequel d’entre nous.

On comprend que, dans cet ordre d’idées, le vampire n’ait que faire des lois et de l’ordre, qu’ils soient humains ou divins. C’est un hors-la-loi subversif. Il erre de par le monde, se voulant « seul et unique responsable de son destin » comme le disait Jean-Jacques Beinex, et ne rendant de compte à personne. En apparence, il n’est plus soumis à aucune règle, ni celles de Dieu, de la nature, ni celles des hommes. C’est un être provocateur par nature, profondément anarchiste, un être « libre ». Mais j’y mets des guillemets, car cette liberté n’est qu’illusoire puisqu’en réalité, le vampire est gouverné par ses pulsions, ses désirs, ses « soifs », la soif de sang n’étant que le symbole de quelque chose de plus général. Cependant, on voit immédiatement que le message qu’il envoie ainsi au monde est menaçant pour les pouvoirs en place, surtout qu’en plus d’agir de la sorte, le vampire invite les autres à le suivre. Il est en soi un appel permanent à tous les vices, une incitation au Mal personnifiée dans un corps éternellement « vivant », et bientôt éternellement beau et jeune : le vampire étant tentateur se doit désormais d’être beau, telle une incarnation du Diable. Du caractère simplement immortel du vampire, on en est donc arrivé à une créature apparemment magnifique pour l’éternité.

Dès lors, le vampire est intrinsèquement un démon de la tentation, démontrant par ses actes que le sens de la « vie » réside tout simplement dans le fait d’y mordre à pleines dents (au sens littéral et figuré) et que la seule vérité à laquelle on doit se raccrocher est dans cet acte même. Il prouve que n’importe qui peut acquérir des pouvoirs inimaginables pour le commun des mortels à la seule condition de simplement se laisser posséder par le Mal. Il pousse alors les hommes à suivre leur instinct, et non leur raison, prétendant qu’il ne faut pas avoir peur d’être soi-même mais qu’il faut au contraire laisser pousser ses crocs.

Il va donc à contre-courant de toutes les grandes religions, lesquelles affirment, au contraire, qu’il faut se limiter et se restreindre, renoncer au plaisir maintenant pour obtenir le Paradis plus tard. Le vampire, lui, affirme que peu importe le Paradis et l’Enfer, on fait sans eux : le plaisir peut (et doit) être immédiat, dans une éternité passée sur terre ; et la seule chose tangible qui existe et qui compte véritablement, ce sont les désirs, autrement dit les « soifs ». Il démontre alors que c’est en les assouvissant que l’on trouve le plaisir, mais aussi l’immortalité, à l’instar de ce Dieu qu’il défie à chaque instant. Pour lui, l’âme n’a alors aucune valeur. Il n’a pas besoin d’elle pour survivre à la mort. C’est sans doute aussi pourquoi il y renonce si facilement, puisque, de toute façon, c’est le prix à payer. Tout est lié, tout se tient.

 

Pour moi, l’essence du vampire est précisément là, et du coup, j’adhère moins facilement aux histoires où le vampire, tout en buvant du sang, refuse son état et se lamente sur son sort. Louis, d’Entretien avec un Vampire et célèbre parmi les vampires d’Anne Rice, n’est ainsi pas un « vrai » vampire à mes yeux – et Edward Cullen l’est encore moins, sorte de Louis poussé à l’extrême, comme le faisait remarquer Adrien Party dans son article, un Louis épuré et débarrassé de toute trace de violence et d’homosexualité. Je comprends le côté « regrets de la vie humaine » de Louis (pourquoi pas ?) et j’apprécie le fait que, chez Anne Rice, les vampires aient des sentiments (parfois contradictoires) et qu’ils conservent la conscience d’eux-mêmes. Il semble en effet que leur nature humaine d’avant existe toujours, mais sous une forme pervertie et « libérée » (chose que l’on retrouve dans Buffy, plus tard). La grande différence par rapport à « avant », c’est qu’ils sont inhumains, et du coup, ils ne connaissent plus de limites, ni sociales ni morales, ce qui leur permet de tuer sans arrière-pensée, postulat de départ mis en place par Anne Rice. Le hic, c’est qu’on a du mal alors à saisir certains des comportements de Louis et même à concevoir comment il peut exister, puisque c’est apparemment le seul vampire à avoir conservé son âme humaine. Mais pourquoi lui et pas les autres ? On le voit éprouver du remords pour les actes qu’il commet, se croire damné, rejeté par Dieu, et penser que sa place est en Enfer. D’ailleurs, à force de rejeter sa nature, il se crée son propre enfer, car il ne supporte pas d’être un vampire et en veut à Lestat de l’avoir transformé. Ce personnage est donc assez incompréhensible, à l’inverse de son créateur, nettement plus logique, qui assume totalement sa nature vampirique.

Lestat, lui, ne croit en rien : à ses yeux, Dieu n’est qu’une invention qui n’existe pas plus que le Diable (il se fait passer lui-même pour le Diable, c’est dire !). Ce libertin invétéré et cynique agit en suivant uniquement ses pulsions et il use avec grand plaisir du « don obscur » pour dépasser toutes les limites et tabous de la vie humaine. Ceci dit, il préfère le sang des criminels au sang des innocents, mais est-ce vraiment pour une question de morale ou parce que le goût des uns est différent du goût des autres ? Tuer des humains ne le dérange guère, et d’ailleurs, il aime défier toutes les règles, y compris celles des vampires. Lestat est le digne héritier de Dracula, lequel, dans le même ordre d’idées, est aussi parfaitement logique, car n’ayant pas d’âme, il n’a aucun état d’âme (justement) lorsqu’il s’agit d’arriver à ses fins, de tuer des innocents et de pervertir de jeunes demoiselles. Tout cela ne l’empêche pas d’être amoureux, d’une façon assez égoïste cependant, car ne pas avoir de moralité ne signifie pas être incapable d’éprouver des sentiments. Cela me rappelle d’ailleurs une remarque de Drusilla dans Buffy contre les vampires : « Ce n’est pas parce que nous n’avons pas d’âme que nous ne pouvons pas aimer. » Mais même amoureux, Dracula reste un damné qui s’est révolté contre Dieu, un prédateur qui se nourrit des vivants, que ce soit de leur sang ou de leurs émotions, un être pervers qui prend plaisir à pervertir les innocent(e)s.

Cependant, à travers tout cela, on s’aperçoit que le vampire est passé du statut de simple objet de terreur, dans les contes gothiques des XVIIIe et XIXe siècles qui plongeaient avec délices dans des scènes sanglantes et barbares, destinées à faire éprouver de la répugnance au lecteur, au statut de sujet de fiction à part entière. Bram Stoker a entamé cette révolution avec son Dracula. Pourtant, dans son roman, si le vampire est au cœur de l’histoire, il n’en est pas le héros. On parle de lui, mais on ne le laisse pas parler. C’est Van Helsing et ses compagnons qui racontent l’histoire, d’un point de vue entièrement extérieur au vampire. Il faut attendre Anne Rice pour aborder le point de vue du vampire lui-même. Et c’est en cela que ses livres sont absolument géniaux, parce que, pour la première fois, c’est le vampire qui parle. Au début, même s’il nous ressemble, il reste quand même différent, et donc encore un peu menaçant. Mais Anne Rice révolutionne le mythe encore plus profondément, car son mode de narration nous permet de nous identifier au vampire, et non plus simplement à un héros en butte à des phénomènes surnaturels, ce qui est tout à fait nouveau. Dès lors, le vampire fait de moins en moins peur, tout en demeurant fascinant. On en arrive à le comprendre et à trouver « naturelles » ses réactions, ce qui est comble pour un monstre censé être éloigné de nous ; et si cela est encore relativement compréhensible avec Louis, le plus humains de tous ses vampires, dans Entretien avec un vampire, cela devient plus pervers avec Lestat dans Lestat le vampire.

Mais désormais, la porte est ouverte à de nouvelles fictions, avec des vampires qui, tout en se demandant s’ils ont ou non perdu leur âme, se mettent à éviter de boire le sang des hommes (Louis ayant été le premier d’entre eux). Ils deviennent de plus en plus humains, se comportent comme tels et ne sont plus nécessairement mauvais. Ils sont, certes, plus forts que de simples mortels, plus dangereux, et l’amour est encore souvent lié à la mort avec eux, mais la communauté vampirique se met à avoir ses bons et ses mauvais vampires, comme il y a de gentilles et de méchantes personnes dans la société humaine. Il faut pourtant admettre que, tout en permettant de créer des histoires nouvelles, cela fausse le mythe. L’idée de la perte de l’âme pour acquérir l’immortalité n’est plus du tout retenue dans les récits modernes, et d’ailleurs, on ne se pose plus guère la question de savoir ce qui anime les vampires. Ce qui compte, aujourd’hui, ce sont leurs sentiments, leur existence quotidienne, comment ils vivent parmi nous. Et s’ils restent fascinants par leur jeunesse et leur beauté éternelles, leur nature perverse est éclipsée.

 

L’ennui, alors, c’est que le vampire n’a souvent plus guère de sens. N’y aurait-il donc plus de prix à payer pour accéder à l’immortalité, hormis le fait de devoir renoncer au soleil (et encore, dans les récits de Stephenie Meyer, ce n’est même plus franchement le cas) ? Et dans cette hypothèse, si les vampires conservent leur âme, pourquoi certains d’entre eux se comportent-ils encore comme des prédateurs sans scrupule ? On me dira, certes, que des humains se comportent également ainsi et que la question de l’âme n’est sans doute pas la vraie question à poser, le problème relevant plutôt de la psychiatrie. Quoi qu’il en soit, le vampire ne renvoie plus spécifiquement à ces notions de Bien et de Mal, qui sont pourtant fondamentales dans le mythe d’origine. Mais s’il n’est plus qu’un humain légèrement différent (au goût prononcé pour le sang et aux aptitudes physiques hors norme), s’il ne représente plus l’interdit, s’il n’est plus là pour transgresser les tabous, que devient-il ? Un simple prétexte de fiction et de romance, qui permet d’aborder de façon imagée la question de l’autre, du différent ?

C’est clairement ce que sont devenus les vampires de Twilight, les Cullen n’ayant plus rien à voir avec le mythe traditionnel des vampires, et s’éloignant encore fortement de l’évolution récente de ce mythe. Comme je le disais en interview, ce sont même des sortes d’anti-vampires puisqu’ils représentent tout, sauf la tentation – mis à part leur beauté surnaturelle qui fait craquer Bella. Mais ils ressemblent plus à des top-modèles qu’à des avatars envoûtants de Lucifer. De même, la conception des vampires dans des séries telles que Vampire Diaries, Anita Blake ou La communauté du Sud (True Blood à la télévision) pose question : même s’ils restent des individus tentateurs et volontiers violents, ce dernier point est de plus en plus effacé (notamment dans Vampire Diaries, bien que ça n’aille pas jusqu’au point de Twilight où les Cullen sont résolument pacifiques) et, surtout, ils veulent à tout prix s’insérer dans la société humaine. On peut se demander pourquoi. Après tout, ce sont des vampires, ils sont censés n’avoir rien à faire de nos conventions, mépriser la société humaine. Ils ne sont pas humains eux-mêmes, alors pourquoi chercheraient-ils à le (re)devenir et à vivre au milieu des hommes ? L’argument invoqué est alors d’ordre économique, du fait de l’obligation qu’ont les vampires de trouver de l’argent pour assurer leur train de vie.

Le vampire n’étant alors plus un mort-vivant contaminé par un démon, il peut désormais devenir tout et n’importe quoi, résultat d’expérience génétique (simple humain à l’agressivité et aux capacités surdéveloppées et obligé de boire du sang, mais encore possesseur de son âme et capable de sentiments et de remords), création des anges pour les servir (chez Nalini Singh), voire anges déchus en quête de rédemption (dans Les vampires de Manhattan), etc. Mais il perd son caractère révolutionnaire et subversif, il n’est plus celui qui soulève les interdits, et même s’il représente encore souvent une tentation à laquelle on peut difficilement résister, cette tentation n’est pas forcément mauvaise. Bien souvent, les héroïnes sont attirées par les vampires comme elles pourraient être attirées par n’importe quel homme sortant un peu de leur ordinaire. Le Bien et le Mal se mélangent, les frontières sont floues, il devient parfois difficile de différencier l’attitude des vampires de celle des chasseurs de vampires et de les justifier. Tous finissent par se ressembler, évoluant dans des nuances de gris.

Cela est très représentatif de notre société moderne, et bien entendu, on n’a plus le côté manichéen des récits d’avant. Pourtant, on a besoin de sens, en tant que lecteur et en tant qu’être humain. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Lestat, dans les livres d’Anne Rice, cherche à comprendre la nature des vampires et le secret de leurs origines, car il a besoin de réponses, lui aussi. Il cherche un sens à sa vie d’immortel, à son éternité, et s’il n’est pas en quête de Dieu (en qui il ne croit pas), la question de l’existence de Dieu est omniprésente dans les livres, question qui demeure sans réponse jusqu’à la fin, même après que Lestat a visité le Paradis et l’Enfer.

 

Au milieu de toute cette littérature, Buffy constitue une exception, et, alors que la façon – trop romantique et trop humaine – dont la nature des vampires est aujourd’hui traitée finit par lasser dans la plupart des fictions récentes, la prise de position de Joss Whedon, lorsqu’il a repris le mythe pour créer sa série, est remarquable. À l’origine, même s’il s’agit effectivement d’une série télévisée, Buffy a tellement influencé la littérature vampirique qu’on est bien obligé d’en parler. D’ailleurs, de nombreux romans Buffy ont été écrits, directement dérivés de la série (bientôt réédités chez Milady) et aujourd’hui, ce sont des comic-books qui en racontent la suite.

Dans Buffy, l’aspect démoniaque et sans âme du vampire n’est pas masqué, rejeté, refoulé, comme il l’est si souvent dans la littérature moderne. Au contraire, il a été conservé et mis en évidence. Ainsi, même si les vampires restent en grande partie à l’image de ce qu’ils étaient au cours de leur vie (Angel est une sorte de looser, avant d’enfin se prendre en main à Los Angeles, dans le spin-off éponyme de Buffy), ils restent néanmoins fondamentalement différents des hommes, et l’héroïne elle-même le répète sans cesse : les vampires sont mauvais, dangereux ; on ne peut pas leur faire confiance et on ne peut les considérer comme des êtres humains, mais comme des démons. Si certains d’entre eux ont un comportement différent, il y a toujours une bonne raison : pour Angel, c’est parce qu’on lui a rendu son âme contre son gré, suite à une malédiction jetée par les gitans, et il souffre ensuite mille morts dues au remords. Par la suite, Spike devient également un vampire différent, d’abord parce qu’une puce dans le cerveau l’empêche de mordre des êtres humains, puis parce qu’il va, lui aussi, retrouver son âme. Mais leur différence de comportement est clairement expliquée et ne jette aucun doute sur la nature maléfique du vampire, à la base.

La nouveauté de Buffy, à l’époque, c’était aussi qu’elle promouvait une autre vision de la femme, en renversant les stéréotypes des films d’horreur d’alors. L’héroïne ressemble volontairement à la jolie blonde qui se fait occire de façon brutale en début de film, mais en réalité, c’est elle qui « botte les fesses » des vampires et des divers monstres. Les personnages les plus puissants de la série sont des femmes, telles que les Tueuses, Buffy, Faith, ou encore Willow la sorcière. Les hommes, quant à eux, sont souvent plus ordinaires (Alex) ou indécis (Angel avant de reprendre en main son destin, Spike qui court après Buffy mais n’a pas de vrai but dans l’existence pendant longtemps…). L’image de la blondinette qui se fait bêtement tuer est même cassée encore plus fortement dans le tout premier épisode, quand la petite lycéenne blonde, dans son joli petit costume de lycéenne, parfait prototype de la screaming girl qu’on assassine à la troisième minute du film, se révèle en fait être un vampire (Darla) qui massacre allègrement le jeune homme avec lequel elle se trouve. On pensait que le danger venait de l’extérieur, mais c’était elle, le danger, en réalité.

C’est en cela que Buffy est l’annonciatrice de toute la littérature d’aujourd’hui appelée « bit-lit », terme français créé en clin d’œil à la chick-lit et désignant un courant particulier d’urban fantasy, parce qu’elle a donné à la femme une place différente. Dès lors, ce ne sont plus les créatures fantastiques qui sont au cœur de l’histoire, mais ce ne sont plus des héros non plus, ce sont des femmes. Et toute la bit-lit raconte des histoires de jeunes femmes indépendantes qui se trouvent confrontées à des phénomènes paranormaux et des monstres issus de fantastique, tels que les vampires. Ceux-ci ne sont plus le sujet principal de l’intrigue ; ils ne sont même bien souvent qu’un prétexte à raconter des histoires de femmes, pour des femmes. Dès lors, on comprend le relatif ras-le-bol d’une partie du public par rapport au vampire aujourd’hui, même s’il reste toujours un thème littéraire de premier ordre. Peut-être que cette façon de lui enlever ses crocs est à l’origine de ce rejet partiel, plus que le fait d’avoir subi un raz-de-marée d’histoires vampiriques.

 

Les histoires vampiriques, quand elles sont bonnes, sont aussi agréables à lire que le reste, mais j’ai envie de dire : « par pitié, rendons ses crocs au vampire ! » Et tant qu’on y est, rendons aussi les zombies au monde des morts et les loups-garous à la bestialité ! Nom d’un chien, ce sont tous des monstres, et c’est ça qui nous fait frissonner, qui nous fait peur et nous attire. Cela nous renvoie à nos propres monstres intérieurs, à nos peurs inavouées d’être nous-mêmes des monstres… ou de pouvoir en devenir. Mais « castrer » les monstres en en faisant trop souvent de simples sujets de romance est assez restrictif. Redevenons sérieux une minute : un zombie qui tombe amoureux et dont on peut tomber amoureuse, vous avez déjà vu ça, vous ? Un zombie, c’est un mort, non ? Un mort-mort. Bon, il bouge, mais au ralenti. Et il est en décomposition. Vous trouvez ça glam’, vous ? Alors, ok, il semble que soit née une nouvelle race de zombies. Pas morts-morts, qui bougent normalement, qui pensent et qui ne se décomposent pas. Mais ce ne sont plus des zombies, alors. Si ? Soyons francs : non.

Il en va de même pour les vampires. Un vampire qui ne craint pas le jour, qui n’éprouve pas l’attrait du sang (ou si peu), qui se pose tout un tas de questions philosophiques sur le Bien et le Mal et recherche le Bien, alors qu’il est censé, à la base, être une créature maléfique qui ne suit que ses instincts, ses envies, ses désirs… eh bien, pour moi, ce n’est pas un vampire. Evidemment, si on en reste seulement à la vision classico-gothique du vampire, cela limite les possibilités de fiction, j’en conviens, en ce sens qu’on peut rapidement verser dans les récits horrifiques et que cela ne permet pas toutes les histoires qu’on écrit aujourd’hui.

Voilà pourquoi il est important de trouver des ressorts narratifs permettant de créer des vampires un peu différents, des vampires avec une âme, des vampires bridés, des vampires obligés de combattre aux côtés des humains, des vampires tombant amoureux, etc. La seule chose importante, c’est que cela ait un sens, que leur comportement ait une justification qui tienne la route. Un vampire ne devient pas gentil parce qu’il l’a décidé. Ce n’est pas dans sa nature d’être gentil. Il faut une raison valable. Et pour écrire une histoire vampirique qui tienne debout, il faut garder présente à l’esprit la véritable nature du vampire de base : il n’est pas forcément immoral, mais il est amoral.

De là cette réflexion que je partageais récemment avec d’autres auteurs : à mon sens, la créativité ne consiste pas nécessairement à imaginer de nouvelles mythologies, parfois tirées par les cheveux, mais aussi à réinvestir les mythes anciens pour leur donner une vigueur nouvelle, un souffle nouveau, à condition de le faire correctement, sans se lancer dans des dérives qui, au lieu de venir enrichir le mythe, l’appauvrissent. Evidemment, en créant un monde entièrement nouveau, sans se baser sur quoi que ce soit de ce qui a été fait avant, le problème ne se pose pas. Mais peut-on vraiment écrire en ne s’inspirant d’absolument rien de ce qui nous précède ? Notre imaginaire est forcément nourri de ce qui s’est fait auparavant et que nous avons lu. Même le nouveau roman, qui consistait à faire table rase du passé, lequel était rejeté en bloc, s’appuyait néanmoins sur lui, par simple opposition. Ainsi, qu’on la rejette ou qu’on l’intègre à sa propre œuvre, on ne peut nier qu’il y a une tradition littéraire avant nous. A nous de trouver notre place et notre façon personnelle de nous exprimer.

Réinvestir la légende en la modernisant, mais sans lui faire perdre son sens, est un défi délicat. Et pour y réussir, il faut avant toute chose que le mythe parle d’abord à l’auteur lui-même, et lui parle tellement qu’il aura quelque chose à dire dessus. Il arrive que, parfois, le mythe soit revisité de telle façon qu’on ne peut que s’incliner devant la créativité de l’auteur. Je pense ainsi à la refonte totale du mythe qu’a effectuée Melissa de la Cruz dans Les vampires de Manhattan et qui est absolument magistrale. De même, tout récemment, j’ai grandement apprécié le roman Le premier sang de Sire Cédric. Il est dans la veine des précédents, policier fantastique, mais dans celui-ci, l’auteur revisite également le mythe du vampire de façon très originale, preuve que cela est encore possible pour ceux qui ont le talent.

C’est que, si on veut bien le laisser s’exprimer vraiment, le vampire a encore beaucoup à nous dire. Non pas nécessairement en tant que simple créature fantastique qui permet d’écrire des romances bit-lit, mais parce que, si on le considère toujours comme cet autre qui transcende les interdits et qui nous entraîne à sa suite, il est une métaphore de ce qui se cache au fond de nous, de notre propre propension à nous, humains, à faire le Mal et à nous laisser contaminer par lui. Dès lors, le vampire interroge sur nous, ce que nous sommes, sur la condition humaine, l’essence de la vie, sur le Bien et le Mal en nous et dans le monde. Il permet d’explorer le côté obscur de l’être humain et d’aborder beaucoup de questions existentielles. Encore faut-il lui laisser ses crocs, au sens propre et au sens figuré.

 

Comment Buffy a changé ma vie

Article paru dans le magazine en ligne l'Imaginarius, en juin 2012.

Comment Buffy a changé ma vie

Par Sklaerenn Baron

 


J’avoue : je suis aujourd’hui une fan inconditionnelle de cette fameuse série qu’est Buffy contre les vampires, de même que d’Angel (spin-off réussi de Buffy) et du Whedonworld en général. Pourtant, je dois bien avouer que cela n’a pas toujours été le cas et que la première saison de Buffy, par exemple, m’avait laissée dubitative. Au bas mot. En fait, lorsque j’ai découvert Buffy pour la première fois, je trouvais vraiment que ça faisait trop ado, même si c’était plutôt rigolo. Il faut dire que je n’étais plus une ado moi-même, depuis quelques années. Et là, je ne parle pas du film, que j’ai vu seulement après la série et qui n’était pas vraiment transcendant, mais bel et bien de la série.

Néanmoins, avec l’arrivée des personnages de Spike et Drusilla, dès la saison 2, j’ai commencé à accrocher, et finalement, j’ai trouvé la série géniale et très inventive, souvent drôle, parfois émouvante. Mon personnage préféré est resté Spike, du début à la fin, mais j’avoue avoir de la tendresse (beaucoup) pour nombre d’autres personnages, notamment Alex, Tara, Oz… Cependant, je dois bien avouer que c’est le personnage de Spike, extrêmement romantique pour un vampire sans âme et vraiment très drôle, et l’interprétation de James Marsters, dont je trouvais le jeu d’acteur formidable, qui m’ont définitivement convaincue de suivre les aventures de Buffy jusqu’au bout.

 

Mais au-delà de l’aspect divertissement et évasion que cette série a eu pour moi comme pour de nombreux autres fans, il me faut dire, en y réfléchissant, que Buffy a bel et bien changé ma vie, du fait de tout un enchaînement de prises de conscience et de rencontres qu’elle a provoquées pour moi. Au final, la découverte de la série, en tant que spectatrice, a été le début d’une véritable aventure personnelle qui m’a entraînée bien plus loin que ce que j’aurais imaginé, et bien loin de ce point de départ également.

Je vais passer sur l’aspect « j’ai regardé la série en VO tellement j’étais fan et ça a drôlement amélioré mon anglais d’un seul coup » (bien que ce soit vrai). Je vais aussi passer sur l’aspect « moralement éducatif » dont plein d’autres ont déjà parlé (cf., par exemple, le livre « Que ferait Buffy ? La Tueuse de vampires comme guide spirituel » de Jana Riess). Pour beaucoup, Buffy semble en effet avoir changé la façon de penser, car même si l’héroïne n’est pas parfaite et possède des côtés sombres (comme pratiquement tous les personnages de la série), elle peut très bien être un modèle pour beaucoup, notamment par le dévouement et la solidarité dont elle fait preuve. Cela n’a pas été mon cas, car comme je le disais plus haut, j’avais déjà un certain âge et je m’étais déjà moralement et psychologiquement construite.

 

Non, pour moi, c’est artistiquement que la série Buffy a été une véritable révolution. Avant tout, c’était à mes yeux une série culte dont j’attendais chaque nouvelle saison avec impatience et dont j’ai regretté l’arrêt, même si le final, à mes yeux, a été exceptionnel. J’en appréciais autant les clins d’œil à la culture populaire, la bande originale (qui m’a permis de découvrir nombre de nouveaux groupes musicaux que j’écoute encore toujours lorsque j’écris, aujourd’hui) que l’humour ou les histoires elles-mêmes. De plus, étant donné mon « grand âge », j’avais déjà acquis assez de culture générale pour apprécier la richesse de ces histoires et les différents niveaux de « lecture ». La série n’a pas été culte que pour moi, d’ailleurs, car il faut voir l’engouement qu’elle a provoqué autour des vampires. Toute la littérature actuelle, mais aussi les films et les séries, bref tout l’imaginaire tournant autour de ce sujet a également été révolutionné par Buffy. C’est à partir de ce moment-là que les vampires sont vraiment revenus sur le devant de la scène, comme sujets de fiction, et toutes les œuvres qui ont suivi se sont très souvent plus ou moins inspirées de cet univers. Buffy a renouvelé le genre.

De ce point de vue, je dois dire que j’ai été beaucoup moins marquée par le fait que des jeunes femmes tout à fait ordinaires, en apparence, étaient capables de se battre (chose qui a toujours été une évidence pour moi) que par la présentation des vampires dans cette série. Buffy a changé ma propre vision des vampires. Ou plutôt, cela a conforté la vision que j’en avais intuitivement mais que je ne savais trop comment exprimer et que je ne retrouvais nulle part ailleurs. Buffy a éclairci cette vision.

J’ai toujours aimé le mythe du vampire, et quand j’ai découvert Buffy, j’avais déjà lu Bram Stocker et Anne Rice, et bien entendu, j’avais vu le film de Coppola, que j’avais adoré à tous points de vue, et celui d’Entretien avec un Vampire. Je me retrouvais plus dans le premier que dans le second, d’ailleurs, même si j’étais fan de Brad Pitt et de Tom Cruise, parce que dans le premier, Dracula n’a pas d’âme… et donc pas d’états d’âme, et ce, même s’il est amoureux ! Il reste un damné, qui s’est révolté contre Dieu, et un prédateur qui se nourrit des vivants, que ce soit de leur sang ou de leurs émotions. Un être pervers qui prend plaisir à pervertir les innocent(e)s. A l’inverse, les vampires d’Anne Rice, bien que fictionnellement très intéressants, me paraissaient un peu trop éloignés, selon moi, de ce que devait être un vampire, comme s’ils étaient toujours dotés de leur âme, justement. Je parle ici au-delà du simple plaisir de lire ou regarder une œuvre divertissante de qualité, bien entendu, car de ce point de vue, je n’ai absolument pas boudé mon bonheur de lectrice ou de spectatrice.

Mais c’est bien cet aspect sans âme et démoniaque du vampire que j’ai retrouvé dans la série. L’héroïne le répète sans arrêt : les vampires sont mauvais, ils sont dangereux, ils n’ont pas d’âme et ne peuvent donc être considérés comme des êtres humains mais comme des démons. Cette vision des vampires correspondait tout à fait à l’idée que j’en avais, et j’aimais également tous les messages secondaires que les scénaristes et le créateur, Joss Whedon, faisaient passer à travers eux, puisqu’au final, tout ceci n’était qu’une parabole sur nos luttes intérieures, les choix auxquels nous sommes confrontés, etc.

 

Dès lors, Buffy m’a donné envie d’écrire sur les vampires. Cependant, je ne me suis pas lancée tout de suite, je ne m’en sentais pas capable. J’écrivais déjà, j’ai toujours écrit, mais pas du tout dans ce domaine, vraiment nouveau pour moi. Il m’a fallu le déclic, et il est venu beaucoup plus tard. Curieusement, Stephenie Meyer (dont j’ai apprécié les histoires, malgré tout ; je suis plutôt bon public, il faut dire !) et sa vision totalement erronée du vampire (à mes yeux ; avis qui n’engage que moi) a été une forme de déclic, et je me suis dit que si elle arrivait à écrire des histoires que les lecteurs appréciaient, pourquoi pas moi ? Mais elle n’a pas été le seul déclencheur. Il y en a eu d’autres, et de plus importants.

A l’arrêt de la série Buffy, j’ai ressenti un véritable manque, pour dire à quel point j’étais devenue fan, et j’ai eu envie de prolonger l’aventure. J’ai acheté et lu tous les romans issus de la série (même ceux non traduits en français). Puis j’ai acheté les comics qui racontaient la suite de la série. J’ai fait de même avec les comics racontant la suite d’Angel. Cela m’a permis de découvrir de nouveaux artistes et écrivains dont je me suis mise à apprécier les talents de conteurs, que ce soit graphiquement ou littérairement.

Mais ça ne suffisait pas. Buffy m’avait rendue « accro » aux vampires et je n’arrivais plus à avoir ma dose. A partir de là, j’ai donc lu tout ce qui me tombait sous la main sur le sujet, mais j’avoue avoir été souvent déçue par la vision par trop romantique et trop humaine des vampires dans la plupart de ces fictions, même si, pour le reste, c’était souvent de qualité.

 

Finalement, un beau jour, j’ai compris qu’il fallait que je me lance pour de bon et que je crée ma propre histoire. J’ai rédigé un premier jet, en quelques semaines. Et j’ai eu envie d’un conseil, d’un avis extérieur, de préférence de la part de quelqu’un qui avait l’expérience de ce genre de choses. J’ai ressenti le besoin d’être guidée, car je n’étais pas sûre que ma petite création tenait la route. C’était trop nouveau pour moi.

C’est alors que je me suis tournée vers les artistes que j’avais découverts grâce à Buffy et que j’avais appréciés. La magie de l’internet m’a permis de pouvoir en contacter quelques-uns, et parmi eux, il y eut Jeff Mariotte. Jeff est un auteur américain très riche, tant sur le plan personnel que professionnel. Il a écrit plus de quarante-cinq romans, a travaillé comme libraire et rédacteur dans des maisons d’édition. Pour ma part, je l’ai d’abord remarqué parce qu’il a écrit les livres de Buffy et d’Angel que j’ai préférés, parfois seul, parfois en collaboration avec d’autres auteurs. Je lui ai donc envoyé un message, ainsi qu’à d’autres auteurs, sans savoir encore le genre de personne qu’il était. Mais j’étais déjà bien consciente que, si jamais il me répondait, il était un de ceux dont l’avis compterait le plus.

Or Jeff m’a répondu, et très vite, en plus. Il s’est montré accessible et disponible. Il a lu ce que je lui avais envoyé, il m’a donné son opinion, qui a été déterminante pour moi, et des pistes de travail ; il m’a conseillée et m’a aidée à créer au mieux mon propre univers. Il a vraiment été d’une grande gentillesse et m’a soutenue dès le début dans ce projet de livre. Je lui dois beaucoup. Jugez un peu : presque deux ans plus tard après le premier message que j’ai envoyé à Jeff, à l’heure où j’écris ces lignes, le livre est au bord de sortir en librairie et Jeff lui-même a accepté d’en écrire la préface !

Cette préface a représenté un cadeau extraordinaire pour moi. Et quand je considère le chemin parcouru et que je vois le résultat, je me dis que c’est comme si la boucle se bouclait : une nouvelle œuvre est née ; elle est ce qu’elle est, loin d’être parfaite, mais c’est la mienne et elle résulte de ce cheminement personnel et artistique que Buffy a déclenché en moi. La préface de Jeff en est comme un signe. Il est probable que sans Buffy, et surtout sans Jeff, mon propre livre n’ait jamais vu le jour. Et en cela, Buffy a vraiment changé ma vie. Merci, Joss Whedon ! Et merci Jeff, of course.

mercredi 6 mars 2013

Participation à l'enquête de Sylvain Johnson, au sujet du mythe de l'écrivain torturé

Le mythe de l’écrivain torturé se poursuit – Sklaerenn Baron et la nécessité d’écrire - Par Sylvain Johnson 

Sylvain Johnson, autre auteur du collectif des Fossoyeurs de Rêves, vient de terminer une enquête sur le thème de l’écrivain torturé en questionnant ses collègues et en réalisant une série de portraits... après s'être interrogé lui-même sur le sujet (est-il un écrivain torturé, comme on lui en a fait la remarque ?). Mon tour est venu après celui de Romain Billot (le marginal), John Steelwood (et ses démons) et Gaëlle Dupille (et l'équilibre), pour conclure le sujet, en quelque sorte. C'est donc avec grand plaisir que je me suis prêtée au jeu des questions-réponses  de Sylvain. L'occasion pour moi de réfléchir à mon statut et de confier certains de  mes plus sombres secrets (suis-je, moi aussi, un écrivain torturé, alors ?????).
Voici donc l’article de Sylvain dans son intégralité (exception faite de ma biographie !). Les autres interviews réalisés dans le cadre de cette enquête sont également disponibles sur le site wordpress de notre Fossoyeur québécois.

"Je poursuis ma découverte des écrivains torturés avec Sklaerenn Baron.
Auteure prolifique – même dans ses réponses !


Les Questions et les réponses : 

Vous considérez-vous comme un écrivain torturé?

Pas vraiment. À une époque, oui, un peu, lorsque je vivais des coups durs, que j’étais vraiment très mal dans ma peau et que je prenais tout trop à cœur. J’étais à fleur de peau. Néanmoins, même si j’étais torturée (d’une certaine façon) et que j’avais besoin d’évacuer cela dans des écrits (qui sont restés dans mes tiroirs, et tant mieux!), je n’ai jamais versé dans le mythe de l’écrivain maudit, qui consomme des substances illicites et vit en marge de la société! De même, je ne me suis jamais sentie exclue ou incomprise (bon, sauf à l’adolescence, mais quel adolescent ne s’est pas senti incompris?) et à vrai dire, du moment que les gens importants pour moi m’acceptent comme je suis et m’aiment pour ce que je suis, peu m’importe le regard des autres sur moi. Et je n’ai aucune pulsion autodestructrice, j’aime trop la vie!
D’ailleurs, globalement, je suis plutôt quelqu’un de positif et je n’aime pas trop me morfondre. Évoquer sans cesse le négatif me détruit et je me suis rendu compte qu’en fait, cela m’empêche d’écrire correctement. Je préfère rêver, m’évader. L’écriture est un moyen pour y parvenir. C’est un moyen de refaire le monde, de changer ce qui m’énerve. Cela ne veut pas dire que mes livres sont tout roses, loin de là. Mais j’aime chercher la lumière dans les ténèbres, et je pense que mes écrits reflètent cela.


Ceci dit, si par écrivain torturé, tu entends un écrivain obsédé par l’écriture, qui y pense tout le temps, qui a en permanence une partie de son être dans la vie réelle et l’autre dans l’imaginaire, alors j’en fais partie, sans conteste. Écrire est un besoin. Je dois écrire tous les jours, peu importe quoi. Mais écrire. C’est aussi important que de respirer et j’y pense tout le temps (une part de moi y pense tout le temps). Une journée sans écrire est une journée perdue, une journée où je me sens mal, parce que je n’ai pas eu ma dose d’oxygène. C’est pourquoi je te rejoins parfaitement, Sylvain, quand tu dis qu’écrire est un des grands plaisirs de la vie et que même si tu n’étais jamais publié, tu continuerais à écrire. C’est la même chose pour moi. C’est même plus qu’un plaisir, c’est une nécessité. 

Décrivez vos états d’âme versus la production littéraire du moment – est-ce qu’il y a une relation entre ces deux éléments ?

Pas nécessairement, en ce sens que je peux parler de choses très noires, violentes, alors que dans ma vie, tout va bien. Quelque part, c’est même plus facile lorsque tout va bien, parce que lorsque tout va mal, ça aurait plus tendance à me bloquer pour écrire… mais pas obligatoirement non plus! Même au fond du trou, je peux parvenir à rédiger de petits textes. En revanche, dans ces cas-là, il ne faut pas me demander d’écrire quelque chose de gai, de rose, de sautillant! Cela m’est carrément impossible.
Donc oui, il y a une relation, surtout quand ça va mal, mais pas toujours. 

Que faites-vous quand vous êtes incapable d’écrire ?

Je n’insiste pas. Je sors me balader en pleine nature ou je me plonge dans une de mes séries télé préférées et je regarde des DVD en buvant du thé bien chaud. Avant, j’insistais, je m’installais pour écrire et je désespérais de ne rien voir sortir. Disons, rien de constructif, parce qu’il y avait toujours quelque chose qui sortait, mais cela ne me satisfaisait pas, et au final, je me suis aperçue que cela générait une telle frustration que ça me détruisait. Maintenant, je sais qu’il ne faut pas aller contre le courant. Il y a des jours pour écrire et d’autres non, et je ne décide pas vraiment. Si je sens que je ne vais pas pouvoir avancer dans l’histoire sur laquelle je travaille, j’en prends une autre, ou alors j’écris autre chose, un haïku, une chanson, trois lignes de réflexion, n’importe quoi. Puis quand plus rien ne vient, je vais me détendre, comme je le disais. Normalement, ensuite, ça va mieux.
Par contre, si on aborde la question sous un autre angle, non pas celui où je suis moi-même incapable d’écrire parce que je manque d’inspiration, mais celui où un événement extérieur, une obligation, un travail ou autre m’empêche d’écrire, là, c’est différent. Je le vis mal, parce que j’ai vraiment besoin d’écrire pour vivre. 

Qu’est-ce qui vous frustre le plus quand vous êtes incapable d’écrire ?

Quand je manque d’inspiration ? Le fait que j’arrive encore à être atteinte par la négativité extérieure (j’ai envie de dire le négativisme, par référence au nihilisme), le mal que font les gens autour de moi. C’est comme un cancer, ça me ronge, même si ce n’est pas nécessairement dirigé contre moi, d’ailleurs. Et c’est généralement ça qui me bloque et bloque ma créativité. C’est tuant. Je voudrais ne plus être touchée par tout ça, mais je n’y arrive pas.
Mais, une fois encore, si on aborde la question d’un autre point de vue et que je suis empêchée d’écrire pour une question « pratique » ou « matérielle » (manque de temps, ordinateur en panne, obligation de faire autre chose), je suis furieuse. Et en général, je ne peux pas m’empêcher d’écrire et de prendre des notes quand même, sur de petits bouts de papier, pour ne pas perdre les idées qui me viennent. J’ai plein de notes partout, en permanence. Parfois, je me demande comment je fais pour m’y retrouver, mais je m’y retrouve ! 

Comment vous en sortez-vous?

 Je vais m’en tenir à la question de l’inspiration. Comment je m’en sors? En me changeant les idées, comme je disais, et en me recentrant sur les choses positives, ma famille surtout. Je reprends des forces auprès de ceux que j’aime. 

Pourquoi écrivez-vous?

Parce que ça m’est indispensable. Passer une journée sans écrire, c’est comme oublier de respirer. Je ne suis pas bien. À la réflexion, cela veut peut-être dire que je suis dingue, en fait. Quel être humain normalement constitué a BESOIN d’écrire tous les jours? Ou alors, ça veut dire que j’étais faite pour ça. Allez savoir… 

Que pensez-vous de l’image classique de l’écrivain alcoolique, à moitié fou, excentrique?

Oui, c’est l’image de l’écrivain romantique du XIXe siècle, une époque où l’on pensait qu’on ne pouvait pas parvenir à trouver l’inspiration autrement qu’en utilisant certaines méthodes, alcool, drogue… Le mythe de l’écrivain maudit. Regardons Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Maupassant… et d’autres! Cela leur correspond, effectivement. Si on s’y fie, d’un point de vue extérieur, on est obligé de se dire que les écrivains sont tous de grands malades! Fort heureusement, je pense que la réalité est autre. Tous les écrivains n’en arrivent pas là ! 

Avez-vous des commentaires pertinents sur le sujet de l’écrivain troublé?

J’imagine que certaines personnes ont besoin de s’épancher dans l’écriture pour évacuer des tensions intérieures, des malaises… L’écriture agit alors comme une thérapie et leur permet d’avoir une vie à peu près normale, au lieu de devenir, je ne sais pas, des tueurs en série par exemple, des délinquants, ou au lieu de se suicider. C’est d’ailleurs une méthode qui est parfois utilisée avec certaines personnes en psychothérapie. Mais beaucoup d’autres gens écrivent juste parce qu’ils en ont envie ou qu’ils en ressentent le besoin, sans pour autant être complètement désaxés. Heureusement !


Une écrivaine au goût de vivre contagieux. Elle a un point de vue très constructif et positif et comme elle le dit si bien, elle aime chercher la lumière dans les ténèbres. Elle est un exemple parfait d’évolution et d’adaptation à son statut d’écrivain. Ses propos respirent la santé mentale et un équilibre bien en place. Écrire est une nécessité, il faut y penser à tout moment, on doit y penser à tout moment. C’est inévitable. Jusqu’ici tous les écrivains questionnés ont répondu dans le même sens.
La torture à laquelle ces écrivains font aujourd’hui face est mineure, que ce soit un mal de tête, les enfants qui se sont réveillés trop tôt et hurlent à tue-tête, un besoin de prendre de l’air frais. On est loin des poètes maudits qui n’écrivent qu’en état d’ivresse, au gouffre d’une morte imminente. C’est donc une torture contrôlée et moderne.
Ce qui ressort de ses réponses est vraiment cette force qui la pousse à écrire, qui l’incite à créer des mondes extraordinaires et des personnages merveilleux.
Le reste, elle le dit si bien dans ses propres mots…" (Sylvain Johnson)

Merci, Sylvain, pour cette enquête très intéressante, et merci pour tes commentaires. *Sklaerenn*

Numéro 4 de l'Imaginarius, avec ebook téléchargeable - ce n'est pas un chouette bonus ?

Bonjour à tous,

Cela fait un moment que je n'ai pas fait de mise à jour sur mon blog et je vous demande de bien vouloir m'en excuser, mais il se trouve que j'ai été particulièrement prise, que ce soit à la fin de l'année 2012 (novembre et décembre, avec deux salons, à Val-Joly et à crèches-sur-Saône) ou en ce début d'année 2013 (janvier et février, avec beaucoup de travail et déjà un premier salon, celui de Zone Franche).Quatre mois, donc, que j'ai l'impression de ne pas toucher le sol. Mais je ne me plains pas, j'ai avancé dans plusieurs projets et j'en suis ravie.

Pour mon retour, je ne vais pas vous souhaiter une bonne année (à cette date, ce serait ridicule ! M'enfin, j'espère quand même qu'elle a bien démarré pour vous !), mais je viens quand même avec une bonne nouvelle, pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore (hem, doivent plus être très nombreux, ceux-là, vu que ça date de janvier...).


La bonne nouvelle, c'est qu'un numéro 4 de l'Imaginarius est sorti (en janvier 2013, donc), et ce avec une nouvelle formule ! En effet, pour un plus grand confort de lecture, vous pouvez désormais retrouver tous les numéros du magazine en format PDF et, comme toujours, en téléchargement gratuit.

Ce numéro 4 (oui, oui, le 4 ; j'avais annoncé la sortie du 3 sur le blog des Fossoyeurs, ici : http://lesfossoyeursdereves.blogspot.fr/2012/10/limaginarius-le-petit-journal-du.html ; j'ai complètement oublié de le refaire sur ce blog...) est presque entièrement consacré à l’actualité, projets et interviews des auteurs du collectif Les Fossoyeurs de Rêves, dont votre servante (je vous mets l'interview ci-dessous, hé, hé ! ^^), mais vous y retrouverez aussi la rubrique cinéma, le monde fantastique de la BD et des arts visuels (avec l'interview de Fleurine Rétoré), ainsi que les enquêtes de l’Imaginarius.

Et pour télécharger tout cela, il suffit de cliquer ici !


En bonus, comme je le disais dans le titre de ce message, un hors-série (le deuxième du genre) vous est proposé en téléchargement gratuit, un ebook ayant pour titre « Histoires de bêtes féroces ». Vous y retrouverez trois nouvelles INÉDITES du collectif des Fossoyeurs de Rêves :
- « Lupus in the sky destroy » par John STEELWOOD page 3
- « Le sang des aïeux » par Romain BILLOT page23
- « La malédiction d’Onkango » par Gaëlle DUPILLE page 31
Ce n'est pas beau, tout ça ? Alors, voilà, l'ebook est à télécharger ici. Et bonne lecture !




Je peux également vous annoncer l'AT pour le prochain numéro de l'Imaginarius, il concerne les vampires. Cette fois, pas question que j'y coupe ! ^^
Il s'agit donc de rédiger  une nouvelle comprenant de 8 à 30 pages, texte justifié avec interligne 1.5, police de caractères 12, Times New Roman, sous format Word uniquement. A vous de laisser vagabonder votre imagination sur ce thème, toutes les folies sont permises, du moment que l'orthographe et la langue française sont respectées ! Néanmoins, l'humour noir est vivement encouragé pour cet AT. Et si le nombre de bons textes le permet, l'AT donnera lieu à l'édition d'un ebook gratuit qui s'intitulera tout simplement... "Histoires de vampires". Envoyez vos textes avant le 15 mars 2013 à l'adresse habituelle du mag : lepetitjournaldufantastique@gmail.com.

Je profite de l'occasion pour vous montrer également la bande- annonce de l'Imaginarius ! :)




Pour finir, voici l'interview (réalisée  par Gaëlle) parue dans ce numéro 4 :


1- « Lune Bleue », dont tu es l’auteur aux côtés de Mestr Tom (aux Editions La Porte Littéraire) est sorti il y a quelques semaines. Est-ce la première fois que tu écris un roman avec un autre auteur ? Quel en est le sujet ?

Oui, « Lune Bleue » est sorti fin novembre 2012, c’est encore frais. (rires) Et en effet, c’était la première fois que j’écrivais un livre avec un autre auteur. D’habitude, je suis dans mon univers personnel, dont je maîtrise les règles et les codes, et là, je me suis glissée dans l’univers d’un autre. De plus, il s’agissait de passer d’un conte, celui de Mestr Tom, à un roman, le mien, et ce sont deux façons très différentes de raconter les choses. Cela m’a sérieusement changée de mes habitudes, mais c’est justement cela qui a rendu l’expérience enrichissante. Faire sien l’univers d’un autre pour le réinterpréter à sa façon et y apporter sa propre contribution, c’est passionnant !
Pour résumer très brièvement le sujet du livre, il s’agit d’un roman vampirique pour la jeunesse, situé dans l’univers fantasy d’Orobolan créé par Mestr Tom. Or, ce n’est pas commun de mêler la fantasy et les vampires, c’est ce qui rend ce roman différent. En fait, le clan de Gaskell, un des clans qui peuplent Orobolan, est maudit suite à un meurtre affreux et voué à la nuit. Il devient donc un clan de vampires. On l’appelle alors le Clan de la Lune Bleue, et son histoire est retracée sur une durée de plus de six mille ans, à travers les yeux et la vie de sept personnages, dont les destins se croisent à sept époques différentes. Parmi eux, on trouve un guerrier, un prince, un voleur, une chanteuse, un simple d’esprit, un musicien, etc… et autour d’eux, gravitent d’autres personnages, un savant, un diplomate, un mage… et finalement, c’est tout le peuple de Gaskell qui s’anime. Et puis, vers la fin, vient un personnage inattendu, mais là, je n’en dirai pas plus. (sourire) Au final, à travers le roman, on suit le clan de la Lune Bleue de sa déchéance à sa rédemption. Mais ça ne va pas être évident d’arriver jusque-là et le clan va traverser de multiples épreuves.
A cela, j’ajoute que le roman est illustré de dessins monochromes, réalisés par Calcines (sauf pour la couverture). Je n’ai pas participé au choix des illustrations, c’est l’éditeur qui s’en est chargé, mais j’ai vraiment aimé le travail réalisé par l’artiste et découvrir les visages des personnages que j’avais mis en scène. Cela a un côté magique.

2- Il s’agit d’un roman plutôt destiné aux jeunes lecteurs. Est-ce qu’écrire pour un public jeune est une première pour toi ? Est-ce que cela t’a semblé plus ou moins compliqué que d’écrire pour des lecteurs adultes ?

Oui, effectivement, en ce qui me concerne, c’était une première, en tout cas pour un livre publié. Voilà plusieurs années, j’ai écrit deux romans jeunesse, mais je ne les ai jamais « peaufinés », ils sont restés à l’état de projets, rangés dans un tiroir et personne ne les a jamais lus, donc on va dire que ça ne compte pas. (rires)
Honnêtement, non, ça ne m’a pas paru plus difficile d’écrire pour un jeune lectorat que pour des adultes, et j’avoue que je ne me suis imposé aucune limite. Je ne me suis rien interdit et j’ai suivi le fil de l’histoire, c’est tout. Ça m’a donné envie de me replonger dans mes projets personnels de romans jeunesse, mais je n’ai pas encore le temps de m’y consacrer, parce que j’ai d’autres choses qui passent en priorité…
Ceci dit, j’espère bien écrire à nouveau pour la jeunesse dans un futur proche, malgré tout ! Peut-être dès cette année 2013, on verra. (sourire)

3- Est-ce que cela a été compliqué (un défi ?) d’écrire une histoire avec un autre auteur, et surtout de devoir l’insérer dans la saga créée par Mestr Tom à laquelle elle appartient (la Saga d’Orobolan) ?

Oui, au départ, c’était vraiment un défi pour moi, et c’est d’ailleurs ce qui m’a fait accepter la proposition de Mestr Tom, parce que cela me faisait sortir du cadre habituel où je me trouvais et que j’aimais cette idée de changement et de dépassement. J’ai quitté les sentiers que je connaissais, je me suis remise en question. Et ça m’a fait un bien fou, j’ai trouvé cela très stimulant et très rafraîchissant. De plus, il y a beaucoup de personnages dans ce roman, parce qu’autour des sept personnages principaux sur lesquels on se penche dans le roman, beaucoup d’autres interviennent, comme je le disais tout à l’heure.
La saga d’Orobolan est immense, elle s’étend sur des millénaires et raconte l’histoire de plusieurs peuples, dans un monde complexe et sur quatre continents. Cet univers fantasy, imaginé par Mestr Tom dès 2002, a d’ailleurs donné corps à deux cycles de romans indépendants, c’est vous dire l’ampleur de la saga. Les quatre premiers récits, racontés par Mestr Tom lui-même, constituent « Le Cycle des Gardiens ». Mon roman, lui, appartient à un autre cycle, « Voyages en Orobolan », pour lequel Mestr Tom travaille sur chaque roman avec différents auteurs. Avant moi, il y a ainsi eu Richard Mesplède, pour le livre « Sourtha ». Et il faut noter que chaque livre est indépendant.
Cependant, je ne connaissais pas tout ça quand j’ai commencé et je me suis donc retrouvée plongée au cœur de cet univers d’un seul coup. J’ai dû en comprendre les règles, identifier chaque personnage, le rattacher à l’histoire générale, le placer dans le temps… Mais une fois prises mes marques dans le monde d’Orobolan, mon travail m’a semblé aussi naturel que lorsque j’écris seule.
Il faut dire qu’avec Mestr Tom, nous avons rapidement trouvé la façon de faire qui nous convenait, et je dois dire que, dès lors, je n’ai pas éprouvé de difficultés particulières. C’était très intéressant, au contraire, et j’ai franchement aimé cette plongée dans l’univers d’un autre. Je suis prête à recommencer !

4- Quels sont tes projets pour 2013 ? A quand la suite de « La Stratégie des Ténèbres » (paru aux Editions Nergäl) ?

J’ai beaucoup de choses prévues, cette année, peut-être trop. (rires) Il faut dire qu’en 2012, j’ai été approchée pour plusieurs projets littéraires en collaboration avec d’autres auteurs, et ces aventures artistiques m’ont paru tellement intéressantes que je n’ai pas voulu passer à côté. Je les ai prises comme des cadeaux du ciel et je me suis engagée avec enthousiasme. Tout cela devrait se concrétiser cette année.
Du coup, je me retrouve avec énormément de travail à fournir. C’est génial, mais c’est aussi ce qui fait que, indépendamment du fait que c’est mon éditeur qui me la donnera en temps voulu, je ne peux pas parler d’une date précise pour la sortie du roman « Les Origines du Mal », qui fait suite à « La Stratégie des Ténèbres ». Ça m’est actuellement impossible. Je sais que le premier tome de la série « Ryan Blake » est sorti fin mai 2012 et que beaucoup de lecteurs s’impatientent déjà et veulent connaître la suite, mais ce sont des livres plutôt longs (entre 500 et 600 pages) et je dois avouer que ça ne s’écrit pas en un jour, surtout que je ne suis pas de ces auteurs qui écrivent vite, je l’avoue. J’ai besoin de temps pour bien faire les choses et je ne veux pas offrir à mes lecteurs un travail bâclé, dont je ne serais pas contente moi-même, simplement pour tenir un délai précis et l’obligation de « sortir » un roman tous les ans. Pour moi, ce serait me moquer d’eux, leur manquer de respect. Je ne fonctionne pas comme ça, et d’ailleurs si je le faisais, tout le monde serait déçu. Lorsque la suite paraîtra, je veux pouvoir en être fière et je ne soumettrai pas mon manuscrit aux corrections tant que j’estimerai qu’il n’est pas « fini », au sens où je l’entends. Il n’y a qu’ainsi que je pourrai en être satisfaite et il n’y a qu’ainsi que les lecteurs l’apprécieront aussi. Je ne crois pas qu’ils aimeraient un second tome qui serait qualitativement inférieur au premier, parce que j’aurais écrit dans la précipitation et que j’aurais fait n’importe quoi.
Néanmoins, je rassure tout le monde immédiatement : je continue à travailler d’arrache-pied à l’écriture des récits de Ryan Blake ! (rires) Jusqu’ici, je travaillais en parallèle sur les tomes 2 et 3, mais maintenant que les deux histoires ont une structure solide, je vais pouvoir me concentrer uniquement sur le tome 2. Et j’ai encore des idées (scrupuleusement notées) pour au moins cinq ou six autres tomes par la suite, ce qui ferait huit ou neuf au total… Parfois, je me dis d’ailleurs que je suis dingue de m’être lancée là-dedans ! (rires) Mais en fait, je n’ai jamais eu l’intention de m’arrêter à une trilogie, parce que j’ai vraiment beaucoup de choses à raconter avec Ryan et tous les personnages qui gravitent autour de lui. Et à chaque fois, j’écris une aventure complète. Elles sont toutes reliées les unes aux autres, mais elles sont relativement indépendantes. J’ai déjà l’idée du roman qui clôturera la série, je sais comment je vais boucler la boucle. D’ici là, il va se passer beaucoup de choses, et on va aussi remonter dans le temps, dans le passé de Ryan. Les lecteurs sont loin de connaître la vérité à son sujet et, comme Theyla, il cache bien des secrets. Lui-même n’est pas encore au courant de tout ! (rires) On va également s’intéresser à des personnages que l’on n’avait fait que croiser rapidement dans le tome 1. Et puis, il plane toujours la menace du Centre, il n’en a pas fini avec Ryan et ses amis. Et il ne faut pas non plus oublier le Vatican et sa horde de Conseillers qui ne sont pas toujours très clairs. Bref, il y a vraiment beaucoup à faire !
À côté de ces romans, je travaille aussi sur un recueil de nouvelles, qui est pratiquement terminé et qui, je l’espère, trouvera un éditeur cette année. Je suis aussi en train d’écrire un roman YA, mêlant romance et magie, et qui a pour sujet principal une jeune sorcière. Et puis, je n’oublie pas mon roman fantasy pour la jeunesse, sur lequel je travaille depuis un bout de temps, déjà. Et j’ai encore d’autres projets, comme cette histoire illustrée pour enfants, un projet qui serait à nouveau un travail à quatre mains, d’ailleurs, à croire que j’y ai vraiment pris goût ! (rires) Ce que tendrait à le prouver un autre de mes projets, celui d’une bande dessinée, en collaboration avec une illustratrice que j’aime beaucoup, mais vu que cela n’est pas encore concret, je préfère ne pas trop en dire.
En dehors de ça, j’aurais vraiment aimé participer à des appels à textes, mais je n’ai même pas le temps… J’ai plus de projets et d’envies que de temps pour les mener à bien. (rires) Je disais dans une autre interview, voilà un an ou deux, que j’avais envie de me frotter à d’autres exercices de style, des choses que je n’avais jamais faites. C’est ce qui se passe actuellement, et j’en suis ravie. J’aime le fait d’évoluer, de bouger, d’expérimenter, de ne pas rester figée dans un carcan. Je suis très touche-à-tout, je ne m’interdis rien a priori, et surtout pas de passer à côté d’une belle aventure. Du coup, je suis mon chemin, à mon rythme, je fais mes expériences, et on verra où ça me mènera. Je suis encore loin d’être allée au bout de mes possibilités, il me reste beaucoup à découvrir et à faire, et je me rends compte qu’on en apprend tous les jours, ce qui est très excitant. Et puisque j’ai la chance phénoménale de faire quelque chose que j’aime, que demander de plus ?

Merci à Gaëlle Dupille pour m’avoir proposé cette interview… et merci à mes lecteurs pour leur soutien. Sans eux, je n’en serais pas là aujourd’hui.

Photo (c) Sklaerenn Baron

Pour rappel, voici aussi mes articles dans le numéro de 3 de l'Imaginarius (spécial Halloween) : 
Fêter Halloween : céder au mouvement consumériste ou retrouver ses racines ? (in : Les enquêtes de l'Imaginarius) : http://limaginarius.wifeo.com/les-enquetes-de-limaginarius-octobre-2012.php
- interviews d'Oxanna Hope et Vanessa Mars (in :Portraits d'auteurs) : http://limaginarius.wifeo.com/portraits-dauteurs-octobre-2012.php
Recettes pour célébrer Halloween/Samhain avec un cœur d’enfant (in : Etranges cuisines) : http://limaginarius.wifeo.com/etranges-cuisines-octobre-2012.php

jeudi 25 octobre 2012

Interview pour Tsuki-Books et le Quinze Littéraire du Bazar de la Littérature


Bonsoir à tous !

Je voulais vous faire partager une interview que j'ai réalisée pour Tsuki-Books (facebook ici) et le Bazar de la Littérature (facebook ), à l'occasion du septième Quinze Littéraire. Tsuki est une blogueuse généreuse et intelligente, que j'ai rencontrée aux Imaginales, et depuis, nous sommes restées en contact et nous nous retrouvons au gré des salons littéraires et fantastiques. C'est toujours un plaisir, d'ailleurs, parce que c'est une fille adorable. Quant à Méli, j'ai vraiment découvert son blog du Bazar de la Littérature à l'occasion de ce Quinze Littéraire, mais je l'avais déjà rencontrée aux Imaginales, elle aussi. Son site est classe et super intéressant.
Ce septième Quinze Littéraire était consacré aux Editions Nergäl (qu'on retrouve aussi sur facebook) et à tous leurs auteurs. Ainsi, Oxanna Hope, Agnès Mongili, Milena Rathger et moi-même nous sommes pliées à l'exercice avec plaisir et nous avons répondu ensemble aux questions posées. Voici les miennes, regroupées toutes ensemble. J'y parle de ma passion pour l'écriture, de ma façon de l'appréhender, de mes projets et je révèle quelques anecdotes sur le prochain tome de Ryan Blake. Je vous en souhaite bonne lecture !

NB : (presque) tout ce qui suit est à prendre au second degré ! ^^




1. Qui se cache derrière ce nom de plume (Sklaerenn Baron) ? Peux-tu nous en révéler un peu plus sur toi ?

Qui se cache derrière Sklaerenn Baron ? Hum, as-tu vraiment envie de le savoir ? Oui ? Bon, tu l’auras voulu. Alors, en exclusivité mondiale, je vais t’avouer que c’est un vampire qui se cache derrière ce nom. Un vrai. Si, si. Evidemment, ce n’est pas toujours évident à concilier avec une vie publique, je te l’accorde. Heureusement, j’ai à ma disposition plusieurs objets magiques qui me permettent d’éviter de flamber (et non de scintiller) en plein jour. Mais cela t’explique maintenant pourquoi j’ai souvent une tête de déterrée lors des salons. J’espère que cette révélation ne te fait pas trop peur ?

2. Comment et quand as-tu commencé à écrire ? Rêve d’enfant, passion d’ado, désir d’adulte ?

J’ai commencé à écrire voici bientôt cent cinquante-deux ans, alors que j’étais encore humaine et enfant. J’ai toujours écrit, donc on peut dire que c’est un rêve d’enfant, effectivement. Je suis passée par différentes phases, suivant mon âge et mon évolution : contes de fée, histoires d’amour, récits d’aventure. Puis j’ai eu la phase des poèmes morbides, forcément. Et ensuite, j’ai voulu parler de ce qui se passe de l’autre côté du miroir, et je me suis lancée dans l’urban fantasy.

3. Quelles sont tes inspirations lorsque tu rédiges un roman ? As-tu déjà l’histoire en tête ou fonctionnes-tu à l’instinct ?

Mes inspirations ? Ce que je vis au quotidien. Etant une créature de la nuit depuis presque cent trente ans, tu imagines bien que j’ai vu et vécu pas mal de choses. Du coup, je plonge beaucoup dans mes souvenirs, et je dois avouer que c’est plutôt agréable de me remémorer certaines actions sanglantes du passé.
Quant à dire comment je fonctionne lorsque j’écris, c’est difficile. J’ai globalement l’histoire en tête, la trame, et l’idée d’où je vais, etc. dès le départ. Quand je démarre une histoire, c’est que je veux raconter quelque chose de précis. Mais ensuite, pour rédiger le déroulement de cette histoire, j’écris plus à l’instinct, mais finalement je me dirige toujours dans la direction que j’avais choisie à l’origine. C’est plutôt une bonne chose, d’ailleurs.

4. As-tu des rituels, des manies ?

Oui. Pour écrire, j’attends que le soleil soit couché et qu’il n’y ait plus de vivants autour de moi. Ils sont très perturbants pour l’écriture, toujours à vous parler, à courir autour de vous. J’aime le calme, le silence, l’immobilité. Du coup, lorsque tout le monde est enfin couché, je m’installe avec un bon verre de sang frais, de la musique sombre qui m’aide à me concentrer et je me lance.

5. Pourquoi avoir l’urban fantasy, le surnaturel ? As-tu une préférence chez les créatures surnaturelles ?

J’ai choisi ce genre parce que c’est ma vie, mon quotidien. De toute façon, j’ai toujours été attirée par le surnaturel, même lorsque j’étais encore humaine, sans doute parce que j’ai toujours pressenti qu’il y avait « autre chose » en ce monde. Donc en réalité, je n’ai pas vraiment choisi. Cela me poursuit depuis toujours.
Evidemment, j’ai une préférence pour les vampires, vu que j’en suis un. Et puis, c’est plus facile d’écrire sur ce que l’on connaît. Mais j’apprécie aussi beaucoup les garous (de toute espèce), qui sont des êtres au sang chaud, au sens propre comme au figuré. J’aime également les anges, qui ne sont pas aussi éthérés qu’on le croit bien souvent. Et j’apprécie les humains aux pouvoirs surnaturels, tels que les sorcières et d’autres encore. La magie me fascine dans toutes ses manifestations, et c’est pourquoi j’aime toutes ces créatures plus ou moins magiques – ou démoniaques, selon ce qu’on en pense.

Jared Leto vu par "Vampire"

6. Quels sont tes projets futurs ? Quel avenir pour Ryan ? Une petite info en exclu ?

Vaste question ! Prochainement, un roman écrit en collaboration avec Mestr Tom devrait voir le jour, d’ici la fin de l’année. Il s’agit d’un roman vampirique, mais dans l’univers fantasy d’Orobolan, créé par Mestr Tom. Nous sommes en train de travailler sur les corrections, actuellement, et je dois dire que cette expérience d’écriture à quatre mains (ou à deux plumes) est vraiment une aventure passionnante ! Se plonger dans l’univers d’un autre, le faire sien, le réinterpréter à sa façon. C’était une première pour moi.

Kit anti-vampires (création personnelle de Sklaerenn Baron).
Par ailleurs, j’ai été contactée pour écrire des scenarii pour une émission de radio traitant du surnaturel. Ce sont des histoires fantastiques à écrire dans l’optique qu’elles vont être entendues (et non vues, comme au cinéma), donc il faut intégrer un maximum de dialogues, et des didascalies pour donner l’ambiance sonore, le type de musique, les sons… Je vais me répéter, mais ça aussi, c’est vraiment une expérience passionnante ! Et j’avoue que je m’amuse beaucoup, d’autant que nous sommes plusieurs auteurs sur le coup et le travail d’équipe est absolument génial. Je ne pensais pas que cela m’enthousiasmerait autant de bosser avec d’autres personnes, car je suis plutôt de nature solitaire. Mais en fait, c’est carrément génial. J’ai vraiment hâte d’entendre le résultat.
J’ai également sur un projet de bande dessinée, en collaboration avec une illustratrice, mais vu que cela n’est pas encore concret, je préfère ne pas trop en dire. J’ai aussi un recueil de nouvelles sur le feu, et quelques autres idées qui planent, un roman fantasy pour la jeunesse dans lequel je revisite le mythe de Peter Pan à ma façon, une histoire illustrée pour enfants à quatre mains… J’aimerais vraiment voir tout ceci se concrétiser.

Couverture d'Alisteah.
Enfin, je travaille actuellement sur les tomes 2 et 3 de la série Ryan Blake, bien sûr, mais j’ai en tête des histoires pour encore plus de tomes. En fait, je n’ai jamais eu dans l’idée de m’arrêter à une trilogie, parce que j’ai beaucoup de choses à raconter avec ce personnage. De la sorte, si tout va bien, si les lecteurs sont au rendez-vous et si mon éditrice est d’accord pour poursuivre l’aventure, Ryan a un bel avenir devant lui.
Une info en exclu à son sujet ? Que dire ?... Que les lecteurs sont loin de connaître la vérité à son sujet et que, comme Theyla, il cache bien des secrets. Le tome 2 donnera quelques indices à ce propos, mais il faudra être bien attentif. Sa relation avec Theyla n’est pas non plus nécessairement celle que l’on croit – ou seulement ce qu’on en voit. Quant au Centre, il n’en a pas fini avec eux. Et il ne faut pas oublier le Vatican et sa horde de Conseillers. Eux non plus ne sont pas toujours très clairs. J’avoue que j’aime écrire des histoires en eaux troubles, comme ça, où rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Ryan aime bien classer le monde en deux catégories, les bons et les méchants. Mais en fait, tout est toujours beaucoup plus compliqué, à commencer par lui-même.

7. Comment as-tu découvert et déposé ton manuscrit chez Nergäl ? Pourquoi Nergäl ?

J’ai découvert Nergäl via le l’Internet, et je ne le regrette pas ! Vive la technologie moderne ! Et Nergäl étant le dieu des enfers (dans la Mésopotamie antique), je me suis dit que ça ne pouvait que coller avec moi, auteur vampirique. Mais en fait, j’ai été très désappointée lorsque j’ai découvert que ce ne sont pas du tout des démons qui la dirigent, mais deux gentilles humaines tout ce qu’il y a de plus normal. Néanmoins, elles ont accepté mon manuscrit et je les remercie de tout cœur de m’avoir donné ma chance.

8. Comment est l’équipe ? As-tu facilement trouvé ta place ? Marina n’est pas trop despotique ?

J’ai facilement trouvé ma place, oui, parce que j’ai sorti les crocs dès le début, ah, ah, ah. Je leur ai fait peur, en leur révélant ma nature vampirique, et du coup, tout a très bien fonctionné pour moi. C’est vrai que Marina a quand même tendance à être tyrannique, d’ailleurs elle clame haut et fort qu’elle fait marcher ses auteurs au fouet. Mais avec moi, ça ne prend pas, vu que je suis un vampire. Cependant, en façade, je fais semblant, pour ne pas casser son image d’éditrice dictatoriale. Ça lui ferait de la peine et comme je l’aime bien, je ne veux pas la blesser.
Non, en vrai, l’équipe de Nergäl est absolument adorable et je peux vous dire qu’on est très loin d’un univers démoniaque en ce qui les concerne (ce qui n’est pas le cas pour les livres qu’elles publient, en revanche. Question démons et créatures fantastiques, on est servi !). Les filles essayent vraiment de nous mettre à l’aise et elles font de leur mieux pour leurs auteurs.

9. Es-tu également une lectrice addict ? Quels genres ? Des livres favoris ?

Oui, je suis une lectrice addict, je l’avoue. Et c’est normal, pendant des décennies, avant l’avènement du cinéma et de la photographie, c’était presque mon seul loisir, d’autant plus que j’ai grandi dans une maison où les livres étaient entassés partout, et du coup, j’ai lu tout ce sur quoi j’ai pu mettre la main.
Je suis assez éclectique dans mes goûts, ce qui compte c’est que je puisse m’évader et prendre du bon temps au cours de ma lecture. J’apprécie parfois les livres qui font réfléchir, mais avant tout, j’aime les bonnes histoires qui n’ont pas nécessairement d’autres prétentions que de divertir ou d’émouvoir, celles qui nous happent dès la première page et dont on sort complètement groggy en en redemandant encore, celles qui font voyager et nous entraînent ailleurs, dans d’autres vies, d’autres univers. J’ai besoin d’être totalement emportée par ma lecture. Cela va des livres de Jules Verne ou Stevenson aux auteurs d’urban fantasy d’aujourd’hui en passant par des classiques comme « Le Seigneur des Anneaux », les nouvelles d’Edgar Allan Poe (j’ai un net penchant pour le bizarre et le décalé) ou « Le Nom de la Rose ».
Donc des livres favoris, oui, j’en ai, bien entendu, et je viens déjà d’en citer quelques-uns. Pour en donner d’autres, j’aime les romans de Jeff Mariotte, l’auteur qui a gentiment accepté de préfacer mon livre. Il a écrit plusieurs livres tirés des séries « Buffy contre les vampires » et « Angel »… mais il est très loin de n’avoir fait que ça ! Je pense notamment à son livre « Rivers Runs Red », que je suis en train de lire et que je trouve génial. Mais il écrit aussi des comic books superbes, mêlant fantastique et western, que j’adore… Evidemment, Anne Rice fait aussi partie de mes préférés et je reste fidèle à Bram Stocker et à son Dracula, mais j’apprécie également beaucoup Sire Cédric, Didier Van Cauwelaert, Patricia Briggs, et beaucoup d’autres (Laurell K. Hamilton, Charlaine Harris, Nancy Holder, Karen Marie Moning …). Je lis aussi avec grand plaisir les auteurs jeunesse comme Philip Pullman, Eoin Colfer ou J.K. Rowling. Comme je le disais, je suis assez éclectique.

10. Aurais-tu une anecdote à nous raconter, sur toi, ton histoire ou Nergäl ?

Je crois que c’est la question la plus difficile de toutes ! Tu comprends, avec la vie trépidante que j’ai, en tant que vampire, des anecdotes, il y en a des centaines. Du coup, je ne vois pas laquelle choisir. Avec Nergäl, je pourrais évoquer nos fous rires à propos de blagues stupides que nous sommes les seules à comprendre, mais je ne pense pas que les lecteurs comprendraient ces « private jokes », ah, ah, ah !

11. Qu’attends-tu de 2013 ?

De belles rencontres. J’ai été gâtée, jusqu’ici, j’espère que ça va continuer.


Merci pour cette interview, Tsuki et Méli, j'ai été ravie de répondre à vos questions !! :)
Cliquez ici pour voir l’interview de mon éditrice et des autres auteurs, avec la présentation des différents livres, sur le Quinze littéraire du Bazar de la Littérature, en collaboration avec Tsuki-Books. Enjoy!
Enfin, pour découvrir la chronique de Tsuki Books sur mon livre "La Stratégie des Ténèbres", c'est par là ! :)